Prière pour l’Unité des Chrétiens

21 janvier 2018

Le père Aimé Kameni Wembo, curé d’Apt et vicaire épiscopal, a accueilli à la cathédrale d’Apt la soirée de prière annuelle pour l’Unité des chrétiens.
Une bonne cinquantaine de chrétiens : Catholiques, Protestants, Anglicans, les prêtres du Doyenné, Mme la Pasteure de l’église protestante Cécile Plaâ et le révérend anglican Malcom Dodd, ont prié tous ensemble pour demander au Seigneur que cesse le scandale de la division.
Nous avons vécu un moment d’unité autour du Ressuscité qui nous rassemblait.

L’Homélie du père Serge Cuenot, recteur du sanctuaire Notre Dame de Lumière a frappé les esprits. Il m’a donc semblé qu’il fallait la partager à tous ceux qui regardent notre site. En voici donc le contenu :

Mes chers amis, frères et sœurs en Christ de toutes les Églises, Bonsoir !
« Chantons le Seigneur car il a fait éclater sa gloire : il a jeté à l’eau cheval et cavalier »... Eh bé ! Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais ce chant guerrier me fait chaque fois les frissons, parce que aujourd’hui, ce n’est pas de guerre dont on a besoin, mais de paix et de réconciliation ! Ce chant de l’Exode, sans explication, fait un peu Daesh !
Mais essayons d’approfondir un peu : Ce chant tiré du Livre de l’Exode, au moment où les Hébreux ont passé la Mer des roseaux, est réécrit, recomposé des centaines d’années après les événements... C’est une relecture dans la foi : voyez, le Seigneur nous a libérés, il nous a sauvés de l’esclavage... Alors aujourd’hui, le Dieu libérateur d’hier, n’est-il pas capable de nous libérer encore ? De nous aider à franchir des obstacles ? De faire tomber les chaînes qui nous tiennent encore prisonniers ? C’est la relecture des Églises des Caraïbes... ce peut être notre relecture aujourd’hui, avec un acte de foi, de confiance, en un Dieu capable de nous libérer !
Le Dieu libérateur de Moïse n’est-il pas notre Dieu aussi ?
Alors bien-sûr, dans notre monde moderne, où nous avons tout, dans un monde où il faut être
efficaces et performants, nous nous posons la question : « Mais avons-nous besoin d’être libérés ? De quoi ? Dans un monde où on exalte l’individu, jusqu’à l’individualisme, où chacun se croit libre de tout, avons-nous besoin d’être libérés ? Y a-t-il des chaînes dans notre vie qui nous empêchent de devenir vraiment « enfants de Dieu » selon l’expression de St Paul que nous venons d’entendre ? Autrement dit : sommes-nous esclaves, et de quoi ?

Quelques petits constats : L’Histoire nous a marqués ; dans le monde, dans nos Églises, dans nos familles, et même en nous au plus profond...
1. Il y a eu les événements des siècles passés : la naissance de l’Eglise, petite, discrète, témoignante jusqu’au martyre... puis après Constantin, ce fut l’organisation de l’Eglise calquée sur l’administration de l’Empire, avec des responsables qui sont devenus des préfets et des superpréfets... Puis, en chaque pays ou région, l’Eglise, imitant les rois, devint vite affiliée au pouvoir féodal... et même impérial : avec l’Eglise d’occident, et l’Eglise d’orient... opposées, à tel point qu’on en est arrivé à une séparation...

Pourquoi je dis tout ça ? Eh bien parce que aujourd’hui nous sommes marqués par ça, que nous le voulions ou non... Et nous avons encore bien des entraves à briser, des chaînes à faire tomber... avec l’aide de l’Esprit qui « vient au secours de notre faiblesse » comme le dit Paul. Nous sommes encore prisonniers de certaines de nos lois et coutumes dans nos Églises occidentales ou orientales... Nous nous attachons à des rites, à des coutumes et traditions, respectables, certes, mais pas essentielles pour notre Foi ! Quelles entraves, quelles chaînes avons-nous encore à briser, pour nous retrouver comme des frères ?

2. Il y eut ensuite la Renaissance, avec l’imitation de l’ancienne culture grecque, avec la découverte d’autres mondes, où l’on se persuadait que l’Europe était toujours le centre du monde, où les responsables de l’Eglise agissaient comme des princes. La découverte de l’Amérique et la conquête de nouveau pays fut regardée comme une aubaine pour le commerce, et pour l’évangélisation... Réagissant à cette situation, Luther et d’autres se lèvent et invitent à une conversion... On ne s’est pas écouté, on s’est farouchement opposé, jusqu’à se faire la guerre et s’entretuer « au nom de Jésus-Christ »... Puis avec le développement économique on a cherché à conquérir d’autres territoires, d’autres régions, d’autres peuples... On en est arrivé à inventer ce qu’on appelle poliment « le commerce triangulaire » qui est tout simplement de l’esclavage... On va chercher des gens sur les côtes d’Afrique et on les emmène comme esclaves en Amérique... Plus récemment, avec l’époque des indépendances, va naître un nouvel esclavage, c’est l’esclavage économique, la mauvaise division internationale du travail, l’injuste répartition des richesses du monde... et le non-respect de notre planète terre...
Il y a de nouvelles chaînes que nous sommes en train de fabriquer : nouvelle manière de profiter des richesses des pays pauvres, nouvelles dépendances économiques et politiques, course au profit coûte que coûte, à n’importe quel prix...

Pourquoi je dis tout ça ? C’est pour que nous prenions bien conscience que cette histoire passée nous a marqués et que nous en vivons encore aujourd’hui : Nous voulons l’unité, mais chacun reste sur ses positions : Il y a encore des chaînes qui nous tiennent...
Nous voudrions nous retrouver davantage et vivre une vraie communion dans l’Esprit, mais nous tenons chacune et chacun à nos convictions théologiques souvent très marquées par leur origine...Il y a des entraves dont nous avons peut-être besoin d’être libérés...

3. Et aujourd’hui, nous vivons en Europe un phénomène qui prend de l’ampleur : celui de l’immigration. Ce n’est pas nouveau, depuis qu’il y a des Hommes sur la terre il y a eu des courants migratoires un peu partout et à bien des époques... Ce qui est nouveau, c’est notre attitude, notre questionnement face aux Étrangers qui arrivent, réfugiés politiques ou économiques, demandeurs d’asiles, qui pour certains sont parqués comme du bétail... prisonniers en centres de rétention...refoulés aux frontières et laissés dans la nature...
Au point qu’on pourrait accuser nos responsables de « non-assistance à personne en danger ».

Pourquoi je dis tout ça ? Eh bien d’abord parce nous sommes tous divisés sur ce sujet... L’accueil inconditionnel et irréfléchi, ou bien la fermeture stricte de nos frontières, l’une ou l’autre solution, montre que nous sommes peut-être encore prisonniers de plusieurs choses : prisonniers de la peur, parce que l’Autre dans sa différence nous fait peur, et cette peur, liée au climat d’insécurité générale, augmente au cours des mois.
François de Rome dit que « les communautés locales ont peur que les nouveaux arrivés perturbent l’ordre établi, volent quelque chose de ce que l’on a construit péniblement... Ce n’est pas un péché que d’avoir des doutes et des craintes, dit François. Le péché c’est de laisser ces peurs déterminer nos réponses, conditionner nos choix. Ce qui est péché c’est de laisser la peur compromettre l’accueil, le respect, la générosité, alimenter le refus et la haine. Le péché, c’est de renoncer à la rencontre avec l’autre ! » Des paroles comme ça ne peuvent être effacées... et c’est quand même difficile de faire comme si rien n’a été dit !
Et si ces paroles nous interrogent, eh bien c’est que nous avons encore à nous libérer, à supprimer en nous des entraves qui empêchent l’ouverture et nous poussent à nous recroqueviller sur nous-mêmes... Quelles chaînes l’Esprit doit-il encore briser en nous, pour que nous nous laissions déranger par l’Évangile, qui nous révèle un Jésus, frère universel ? Que faut-il encore convertir en nous, pour garder, comme le dit St Paul l’espérance d’une libération définitive ?

Père, Dieu de Moïse, Dieu de Jésus-Christ, viens nous libérer par la force de ton Esprit !
Jésus, Homme libre, viens prendre notre humanité pour la convertir à toi !
Esprit-Saint viens ouvrir nos oreilles, nos yeux, nos cœurs, pour bâtir avec les autres un monde plus fraternel ! Amen !

A la fin de cette rencontre, nous nous sommes réunis autour d’un chocolat chaud. J’ai recueilli quelques réactions, qu’il me semble utile de vous partager :

- A quoi cela sert de prier ensemble une fois par an, si on ne fait rien d’autre ensemble ?

- Est-ce qu’on ne pourrait pas se réunir aussi pour avoir une action commune pendant le carême ?

- Ne pourrait-on pas se retrouver à la fête de la Pentecôte, pour voir où l’Esprit nous envoie ensemble ?

- Ne pourrait-on pas entreprendre des actions sociales ensemble ?

Un prêtre me faisait remarquer : Et si les jeunes : catholiques, protestants, anglicans, venaient passer une journée ensemble à Notre Dame de Lumière, ce serait un beau signe pour l’avenir......